Solvabilité et crise de liquidité : Politique budgétaire vs Eurobonds

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EuropeSi 2011 a été une année à haut risque pour la zone euro, 2012 doit être celle d’une reprise du projet européen. Un projet qui se construira sur des avancées budgétaires et fiscales, sur une homogénéisation des politiques économiques mais aussi sur des schémas institutionnels plus complémentaires.

Ces axes sont dʼune importance cruciale dans un premier temps pour subvenir à la crise de liquidité court-termiste qui pénalise les émissions obligataires des principaux Etats-membres. Si l’Etat italien a annoncé une politique restrictive et ambitieuse, encore faut-il que celui-ci puisse se financer correctement sur les marchés. En ce sens, l’octroi de prêts pour un montant de 489 milliards par la BCE auprès des banques prêtent à racheter des crédits souverains pour soutenir la reprise économique des pays membres en difficulté est une excellente initiative. L’institution s’est d’ailleurs engagée à renouveler l’expérience en février. Mais au delà de ces politiques exceptionnelles, il faut trouver des modalités durables qui rendent soutenable l’endettement des pays constituant la zone euro. D’où l’importance du débat franco-allemand qui porte sur la réalisation d’une union fédérale et budgétaire.

L’Europe a confirmé l’analyse des économistes depuis plusieurs années: la zone euro s’est scindée entre une “Europe du Sud” (France, Espagne, Italie, Portugal) avec un fort endettement public, un fort déficit extérieur, une hausse des salaires, une baisse de la compétitivité – caractérisée par des politiques économiques trop orientées sur la demande – et une “Europe du Nord” (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas) caractérisée par des politiques économiques d’offre qui ont porté leur fruit depuis une dizaine d’années. Si une partie des Pays-membres ont trouvé la solution il semblerait logique que les pays en retard, aujourd’hui pénalisés par une hausse des taux d’intérêt sur leurs émissions obligataires, adoptent ces politiques dʻoffre, ce qui rendrait plus homogènes les activités économiques des pays membres de la zone euro.

Cette convergence des politiques économiques est implicite dans la mise en place de nouvelles règles budgétaires comme la règle d’or (déficit public structurel nul): pour atteindre ces niveaux macroéconomiques, ces pays devront nécessairement revenir sur leurs anciennes politiques et mettre en place des modèles qui fonctionnent à l’image des pays de l’Europe du Nord. L’objectif global est de rendre l’ensemble des Etats Membres solvables. Ainsi, tant qu’un pays est considéré comme solvable par les investisseurs, alors aucune crise de liquidité ne peut subvenir. Une logique qui n’est pas vérifiée aujourd’hui puisque l’Espagne continue de supporter des taux élevés sur ses émissions obligataires alors même que les politiques économiques réalisées depuis un an ont permis une importante correction des déficits et une réduction de la perte en compétitivité. La crise de liquidité à court terme s’expliquerait alors par les banques commerciales qui s’adaptent aux prochaines réformes européennes visant la stabilité financière (normes comptables, ratios de fonds propres, normes prudentielles) et qui constituent ainsi des provisions (ceux qui expliquerait pourquoi les banques n’utilisent pas toutes leurs liquidités mais en conserve une trop grande part dans leur réserve auprès de la BCE).

On a alors deux solutions. La première est d’accepter les différences de spécialisation productive entre les Etats au sein de l’Union Monétaire, ce qui est normal et durable selon la théorie économique. En revanche, ces différences nécessitent des transferts de revenus entre les pays avec des excédents extérieurs et ceux avec des déficits extérieurs donc une Europe fédérale. La seconde solution est d’accepter qu’une institution joue le rôle de Prêteur en Dernier Ressort en cas de crise de liquidité à court terme. L’avantage d’adopter cette mesure est de limiter le nombre d’émetteur en cas dʼune hausse de lʼaversion au risque et donc d’éviter toute crise de liquidité à court terme. L’Allemagne s’oppose à cette seconde proposition et considère que la règle budgétaire, à long terme, permettra à la zone Euro de s’affranchir des contraintes de liquidité même quand un pays serait solvable et limiterait un risque d’aléa moral qui encouragerait à une prise de risque excessive des banques sur leurs positions d’investissements. Une telle proposition revient à s’interroger sur les crises de liquidité à long terme. D’où le débat sur les Eurobonds, qui à défaut de mutualiser le risque, permettrait aussi à tous les Etats-membres de l’Union Monétaire – sans exception – de recourir à l’émission d’obligations pour financer leur dette publique.

Il faut donc choisir entre deux perspectives économiques, et non deux visions politiques entre deux Etats. La première perspective est de mettre en place une Europe Budgétaire capable de superviser et sanctionner les Etats s’ils ne respectent pas les objectifs des traités, ce qui augmentera la crédibilité de la zone à long terme et permettra aux institutions européennes de mieux prévenir (ex-ante) les positions des investisseurs sur les marchés des dettes souveraines en réduisant leur aversion au risque donc en limitant les risques de crise de liquidité. La seconde perspective est d’adopter une double mesure: à court terme accepter le Rôle de Prêteur en Dernier Ressort et corriger ex-post les crises de liquidité, à long terme mettre en place des Eurobonds et obliger les investisseurs à arbitrer sur leurs positions obligataires en considérant le risque de leurs actifs vis-à-vis de la zone euro et non de certains pays membres. La première perspective est une politique structurelle et prudentielle tandis que la seconde reste discrétionnaire et plus réactive.

Si le débat s’impose c’est aussi parce quʼil remet en cause le mandat de la BCE. Un mandat que l’Allemagne souhaite conserver en l’état malgré quelques avancées sur le soutien logistique de la BCE vis-à-vis du MES-EFSF par exemple, par une politique prioritaire de stabilisation des prix. De l’autre côté, la France souhaite étendre l’activité de l’autorité monétaire indépendante en menant une politique plus réactive aux variations du prix des actifs donc du taux de change par exemple. La volatilité du change a un impact différent entre les pays membres, d’où les propositions de la France plus exposée que l’Allemagne à ce sujet. Mais la prise en compte du change dans l’anticipation de l’inflation future donc de la stabilité des prix serait presque inutile selon plusieurs publications économiques. Surtout, prendre en compte ces actifs, renvoit à l’exposition des Etats-membres à la variation euro- dollar…Une exposition qui dépend de leur structure économique…Ce qui nous amènerait à conclure qu’il vaut mieux conserver le mandat actuel de la BCE pour permettre aux mesures anti-crise de liquidité de rester crédibles au vu des arguments avancés par la France (une homogénéisation des structures économiques des différents Etats-membres ne limiterait pas les crises de liquidité). 2011 était rude, 2012 le sera encore plus!

Arthur Jurus pour Eurasian Finance

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