L’Eurogroup a annoncé ce vendredi 30 mars 2012 de nouveaux aménagements dans le cadre de nouveaux plans d’aide auprès des Etats-membres. A partir de juillet 2012, le Mécanisme de Stabilité Européen (ESM) prendra en charge les nouveaux programmes de financement, tandis que l’EFSF restera en activité pour les prêts contractés avant cette date. Le volume de prêt sera limité à 500 milliards d’euros pour l’ESM, à 200 milliards pour l’EFSF soit un plafond total de 700 milliards d’euros. Au-delà de ces mesures il s’avère intéressant de se demander si ces montants seront effectivement utilisés à l’avenir, soit si la probabilité d’une contagion financière en Europe augmentera à l’avenir ou si les pays actuellement exposés à ces plans d’aides devront faire appel à l’ESM à l’avenir.
La restructuration de la dette grecque avec l’implication du secteur privé, a permis de réduire les taux des obligations grecques à 10 ans de 34% à 18%. Pour autant, ces taux sont déjà remontés à 20%. Ailleurs, les pays comme le Portugal ou l’Irlande restent exposés aux aléas des politiques d’austérité. Ces mesures pèsent sur la demande interne par une hausse des prélèvements directs ou indirects et réduisent les recettes fiscales d’où la nécessité d’augmenter la base fiscale. Cette problématique concerne aussi l’Espagne qui, pour respecter ses engagements de réduction du déficit public, a annoncé des impositions plus poussées sur les entreprises afin d’éviter une nouvelle augmentation de la TVA qui pèserait sur la consommation donc sur le pouvoir d’achat de la population. Il est d’ailleurs intéressant d’établir un contraste entre des pays comme l’Irlande, où les taux imposables sur les entreprises restent toujours à 12,5%, et le gouvernement espagnol qui préserve sa demande interne et taxe davantage les entreprises (toute proportion gardée). Quand bien même des politiques sont imposées par les institutions internationales, chaque pays tire profit au mieux de sa structure économique.
Les résultats en ce début d’année restent cependant mauvais. Une seconde restructuration de la dette grecque n’est pas à exclure, incluant les créanciers officiels (institutionnels) cette fois. En Irlande, l’aménagement des billets d’ordre en une obligation d’état de long terme montre le besoin du pays de disposer de cash pour financer une reprise de son activité à moyen terme. L’Espagne cherche un second souffle en élargissant sa base fiscale pour augmenter ses recettes et réduire ses déficits. Mais au Portugal comme dans ces trois pays, aucune réduction du déficit n’est à constater depuis le début d’année, il tend même à s’accroître dangereusement en Espagne.
La nécessité de l’EFSF puis de l’ESM en juillet 2012 s’affirme donc. Il y a une probabilité importante que de nouvelles aides soient nécessaires à l’avenir, en outre les Etats-membres en Europe ont prévu une nouvelle contribution à 150 milliards d’euros vers le FMI pour de nouveaux plans d’aide tandis que le plafond EFSF-ESM a été fixé à 700 milliards d’euros. L’incertitude est importante et porte aujourd’hui sur le respect des réformes structurelles conditionnelles aux plans d’aide déjà mis en place dans ces pays. Un calendrier qui devrait être mis à mal par les élections grecques d’avril et par de nouveaux rapports de la Troïka sur l’avancée des réformes dans ces différents pays, comme pour le Portugal en juin. Si l’Europe cherche à s’unifier autour d’un Pacte Budgétaire Européen, l’Irlande a décidé de mettre en place un référendum en juin. Il n’y a donc pas seulement un risque économique et financier, qui pèserait sur le remboursement des échéances de dettes des Etats-membres comme sur le respect de leurs réformes structurelles, mais aussi un risque politique à l’échelle européenne sur fond de crise sociale. L’environnement économique en Europe reste fragile et il faut toujours considérer que la hausse des indices sur les marchés d’actions européens résulte d’un rattrapage par des valeurs fortement décotées mais ne résulte pas d’une reprise durable de l’activité dans les pays dits à risque ou d’Europe du Sud. Ce sera le cas pour la France et ses prochaines échéances électorales qui pourraient mettre à mal l’équilibre de la gouvernance européenne.
Arthur Jurus pourEurasianfinance.com (c)
Cet article reflète les opinions personnelles de l’auteur.
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