La Chine et les « terres rares » : le double langage occidental

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La chine et les terres rares

Depuis le 13 mars 2012, la Chine se retrouve à nouveau sous les projecteurs de la critique suite à la plainte des Etats-Unis, de l’Union Européenne et du Japon auprès de l’Organisation mondiale du Commerce. Au cœur de cette démarche, les pays sus cités reprochent à la Chine sa politique d’exportation des « terres rares ». Pour comprendre le dépôt de cette plainte, il faut prendre en compte plusieurs points : la nature et les conséquences de l’exploitation de ces matières premières, leur quantité, leur utilisation et leur importance stratégique.

Sans aller trop loin dans l’analyse géochimique, on peut définir les « terres rares » comme des minéraux difficilement extractibles du sol. Cette difficulté ne vient pas de la quantité en présence mais de la dispersion de ceux-ci au sein de minerais ainsi que de la complexité de leur raffinage. De plus, il faut tenir compte de la nature polluante de leur extraction, car cette dernière libère des matières radioactives.

Le second point, qui soulève une question sur la raison du quasi-monopole de la Chine sur ces ressources (95% de l’exploitation mondiale), est que cette dernière ne dispose en son sein que de 30%, selon elle – de 50%, selon les plaignants – des ressources en« terres rares ». Alors que la Communauté des Etats indépendant, en tête le Kazakhstan et la Russie, en détient 17%, que les Etats-Unis en possèdent entre 12 et 15%, l’Australie 5%, l’Inde 2,8% et le Brésil 0,093%, on peut se demander pourquoi ces pays n’exploitent pas leur propres réserves plutôt que de compter sur la Chine pour se fournir. La réponse se trouve sous le couvert d’une écologie saine chez eux. Bien que de nombreux projets d’ouverture de mines sont à l’étude aux Etats-Unis, en Afrique, au Canada, au Vietnam, en Australie et en Russie, ceux-ci sont confrontés aux inquiétudes environnementales de lobbies écologistes. Il est important de souligner ici qu’on reproche à la Chine d’avancer ce même argument, comme si en Chine, la géochimie changeait ses lois et que les contraintes d’exploitation disparaissaient.

Troisièmement, il faut aborder l’importance stratégique de ces matières. Economiquement et industriellement, ces éléments entrent dans la fabrication de produits de pointe : tels les moteurs et batteries électriques, ampoules à basse consommation, aimants surpuissants pour les éoliennes… Nous pouvons constater le paradoxe de la nécessité des « terres rares » dans les « énergies vertes » alors que leur exploitation est si polluante ! Donc pour développer une énergie propre dans les pays plaignants, ces derniers montrent un encouragement à polluer ailleurs. Cependant, on dénote chez tous une volonté d’améliorer le recyclage de ces matériaux… Comprendra qui pourra…

Maintenant que nous avons contextualisé la situation, nous allons pouvoir nous pencher sur les motivations de cette plainte. Pour ce faire, il faut regarder le comportement de la Chine à propos de ses exportations. Ensuite il faut voir le point de vue des autres pays.

Examinons pourquoi la Chine a ce quasi-monopole. Nous l’avons vu, ces matières premières se retrouvent dans beaucoup d’endroits. En 2002, les Etats-Unis ont fermé leur unique mine de Mountain Pass pour protéger leur environnement, laissant le Brésil, l’Inde et surtout la Chine extraire et raffiner ces matériaux. Vu les répartitions des réserves entre ces 3 nations, la Chine a pris le contrôle de l’exportation des « terres rares ». Cependant à partir de 2005 jusqu’en 2012, la Chine a fortement diminué ses quotas d’exportations. La première raison avancée par la Chine est l’argument écologique. Elle a exploité pendant des années les « terres rares » sans programme écologique adapté et, selon les déclarations officielles de l’Etat, elle rectifie le tir. Une seconde raison est son propre développement technologique et l’augmentation de sa demande interne : puisque les ressources sont utilisées de plus en plus par nécessité de commerce intérieur, il y en a de moins en moins disponible à l’exportation.

 Si l’on s’en tient à cette analyse, les mesures chinoises ne semblent pas protectionniste, On peut donc se demander pourquoi cette plainte a été déposée auprès de l’OMC. La raison principale est que les industriels des pays concernés ont eux aussi besoin de ces matières premières. Bien sûr d’autres sources d’approvisionnement vont arriver mais leur mise en place devrait prendre encore quelques années.

Un autre point qui a amené ce dépôt est une question de définition de « minerais stratégiques » voire de « minerais critiques ». En effet, cette définition dépend de l’importance de leur utilisation (par exemple le cuivre est stratégique pour la Chine qui électrifie son territoire) ou de leur rareté et de leur caractère incontournable dans la fabrication de produits de haute technologie (tel le néodyme qui est critique pour fabriquer des éoliennes performantes). Or, pour les « terres rares », la production actuelle est suffisante pour les besoins des industries de pointe, mais est très clairement insuffisante au regard du rythme d’expansion actuel, de la production de biens issus des nouvelles technologies, d’où l’importance de bien définir les minerais dit stratégiques ou critiques, afin de savoir comment l’OMC va pouvoir considérer les plaintes de ce type.

Ce qui nous amène à souligner que cette situation a deux origines n’impliquant pas la responsabilité du gouvernement chinois : les plaignants ne disposent pas encore d’alternative crédible aux approvisionnements chinois tant en matières premières qu’en produit manufacturés sur place. Cette plainte est une façade de la lente désindustrialisation des plaignants durant ces trente dernières années au profit de la Chine.

Les solutions qui s’offrent aux pays plaignants, en dehors du résultat de cette action, sont d’une part de nouvelles sources d’approvisionnement (le Japon a signé un contrat d’exploitation avec le Kazakhstan, plusieurs mines sont à l’étude, de nouvelles procédures de collecte et de recyclage sont mises en œuvre) et le renouveau de l’industrialisation interne.

Dès lors que les solutions existantes ne sont pas actuellement rentables, les plaignants n’ont d’autre choix que de faire monter la pression sur le marché chinois de quelque manière que ce soit, pourvu que celle-ci soit audible par l’opinion publique. L’augmentation du prix des « terres rares », qui en découlera, permettra de raccourcir le délai pour que les nouvelles exploitations, qui vont apparaitre chez les pays plaignants, atteignent leur seuil de rentabilité.

L’équipe de Eurasian Finance ©

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