La crise grecque semble encore plus profonde qu’elle n’y paraît. D’après le philosophe grec Stelios Ramfos interrogé par les quotidiens Le Temps et La Croix, cette crise, bien plus qu’économique, est avant tout culturelle.
A l’heure où toutes les attentes se portent sur la prochaine formation d’un gouvernement suite à la victoire du parti Nouvelle Démocratie lors des législatives de dimanche, il semblerait que le train de réformes auquel devront se tenir les nouveaux dirigeants grecs ne soit pas la panacée pour sortir le pays du marasme économique dans lequel il s’est enfoncé. En effet, d’après Stelios Ramfos, ce sont bien les mentalités grecques qui ne concordent pas avec les exigences économiques européennes. Là où les Européens de l’ouest mesurent et appliquent rationnellement les points à mettre en œuvre dans l’intérêt du bien commun, les Grecs restent profondément dominés par les sentiments, loin de tout rationalisme, et seule leur importe la prospérité du clan familial.
L’explication est historique. Alors que les Européens de l’ouest (et les Allemands particulièrement) assimilent la Grèce aux grands philosophes athéniens, pères de la démocratie et de la raison, la réalité montre que la société grecque est encore aujourd’hui fortement influencée par la religion orthodoxe. Comme le rappelle Stelios Ramfos, la Grèce, longtemps sous domination ottomane, n’a connu ni Thomas d’Aquin, ni la Renaissance, ni les Lumières. Et lorsque la Grèce a obtenu son indépendance, aucun contrat social n’avait jamais été conclu. La seule structure existante était – et est toujours – la famille, dans son sens le plus large. Les mentalités sont de la sorte encore très médiévales, anthropologiquement « prémodernes », et il est difficile pour un Etat de se structurer sur ces bases. Le rapport au temps est également singulièrement différent : les Grecs n’envisagent que peu l’avenir, seul le rapport au temps présent compte. Il en découle un âpre manichéisme. Une réforme, même si bénéfique pour le futur, ne passera ainsi que très difficilement au sein de la population si elle est amère sur le moment.
Cette absence de structures engendrée par un fonds culturel médiéval a ainsi mené la Grèce à la faillite économique et politique. Et malgré l’adhésion du pays à l’Union Européenne, cette dernière n’a que peu pénétré la culture hellénique au cours des trente dernières années. Les mentalités grecques, marquées par des siècles d’orthodoxie, restent très éloignées des considérations économiques modernes : la crise serait avant tout culturelle. Or, l’on tente d’appliquer à la Grèce un programme de redressement typiquement occidental, basé uniquement sur des certitudes chiffrées, sans tenir compte des particularismes helléniques. Selon Stelios Ramfos, c’est là que l’erreur européenne se situe : les économistes n’ont pas réponse à tout. Les divergences culturelles profondes sont une réalité dont Bruxelles doit tenir compte, en trouvant un compromis qui allie projet européen, indispensable rigueur économique et traditions.
Les Grecs, en votant pour le parti de droite pro-euro Nouvelle Démocratie, semblent avoir choisi l’option de la maturité. Néanmoins ces questions restent d’une grande actualité, dans une vaste Europe géographiquement unie mais culturellement si disparate. Pensons à l’économie vacillante de l’Italie ou de l’Espagne et à leur catholicisme toujours très ancré, évoquons l’intégration économique des pays de la périphérie où, à l’instar de la Grèce, l’orthodoxie joue toujours un rôle de première importance. Car aucune nation ne peut ignorer son passé et se défaire de ses traditions.
L’équipe de Eurasian Finance ©
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