Voici plusieurs années que l’on aborde la Grèce par le biais de sa sujétion à la crise financière. Mais ce que ce cas nous montre également, c’est une preuve de l’échec d’un certain projet mondialiste et cela bat en brèche toute une approximation de ce que sont (ou seront) réellement les impacts de la mondialisation des flux financiers, et du commerce.
Plusieurs points sont à aborder dans cet article. Tout d’abord, l’Union européenne n’est pas à voir ici sous l’angle financier stricto sensu, ou comme une région à croissance molle… c’est surtout et avant tout l’expression d’un projet sur cinquante ans qui vise à confédérer un grand nombre de pays afin de rendre ces membres plus « compacts » ou plus efficients ensemble vis-à-vis de l’extérieur et en fonctionnant de façon facilitée entre eux. L’usage d’une monnaie unique a été présenté comme un aboutissement et, s’il est vrai que la constitution de l’euro, partant du Serpent Monétaire, a demandé de longues années de mise au point, rétrospectivement, de plus en plus de voix arrivent à la conclusion que cette monnaie unique sans un corps décisionnel unifié (de type gouvernance économique européenne) tient plus du splendide outil non maîtrisé que de la démonstration de la présence forte de l’Europe sur l’échiquier mondial.
Pourtant, extérieurement, l’annonce semblait jouable, même si les abstentions anglaise, danoise et suédoise dans ce dossier laissaient déjà poindre une faille dans la cohérence de l’ « aboutissement » européen, il n’en restait pas moins vrai que les différents pays européens se retrouvaient mieux à l’abri financièrement ensemble que séparés. Rappelons-nous l’attaque financière en 1989 contre la livre sterling pour illustrer le propos.
Mais l’absence de gouvernance européenne – et le travers des hommes – a eu raison de cette innovation monétaire par l’exploitation de sa faiblesse endogène : la possibilité pour des partis politiques d’emprunter à fort bon marché des fonds en fortes quantités pour pouvoir tenir certaines générosités électorales. Le réveil est donc, forcément, dur et l’on se plaît à disséquer de dépêches en dépêches les misères que la population grecque vit au jour le jour depuis environ trois ans.
Cette présente situation dissimule une autre réalité : l’outil qui devait concourir à renforcer la présence de l’Europe dans le flux de mondialisation entamé après la chute du communisme (ce que d’aucuns appellent la financiarisation du monde) se révèle être l’armure d’Achille dont on ne verrait plus que le talon !
Tout a un prix : l’euro également. On a fait le pari de laisser en place des politiques nationales avec une monnaie dont le recours est déresponsabilisé pour chaque nation. Souhaiter comme on l’entend aujourd’hui une gouvernance économique européenne paraît être une solution, dans le sens où « n’importe qui » ne pourrait plus user de l’emprunt comme par le passé. Mais n’est-ce pas reporter le problème d’un cran ? On déplacerait juste l’écartèlement européen existant entre sa puissance économique (et financière) et son organisation politique. Ce n’est pas en mettant en place un tampon décisionnel unique sur le plan économique que l’on arrivera à résoudre le problème structurel de l’organisation de l’Europe dans la financiarisation du monde.
En revanche, la situation enlisée dans laquelle l’Europe peine à surnager (et à propos de laquelle certains utilisateurs de l’euro parle de revenir à une monnaie nationale si la pression sur leurs économies devait se faire trop aiguë, comme c’est le cas pour la Finlande) offre un splendide exemple aux Etats qui sortiraient perdants dans la réalisation d’une monnaie unique, basée sur les DTS (comme les Etats-Unis) ou une douche froide aux nations qui caressaient cette idée pour défier la suprématie financière de ces derniers (comme la Russie).
L’euro, sur ce point reste pratique pour différentes puissances extérieures, étant donné qu’il montre l’exemple financier à ne pas suivre et écarte des idées mondialistes invasives. Toutefois, actuellement encore, l’Europe est nécessaire à de gros exportateurs qui ne pourraient compter uniquement sur leur consommation intérieure pour soutenir leur croissance. L’Europe continuera encore quelques années à être soutenue par de grands financiers extérieurs et, que celles-ci émaneraient des mondes arabes ou extrême-orientaux, il en irait des déclarations revanchardes sur l’ancien colonisateur européen comme d’autres discours populistes : donner aux échanges financiers d’achats d’actifs européens une raison idéologique, permettant d’une part d’humilier une population européenne pour la dominer socialement et d’autre part d’offrir aux populations créancières une raison supérieure à celle de ne pas développer plus rapidement leur pouvoir d’achat propre, ce qui ne manquerait pas, à son tour, de créer certaines tensions sociales, évitables.
L’équipe de Eurasian Finance ©
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