Instantanés vénitiens : Canaletto, Guardi et la veduta

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Canaletto, Le Grand Canal et l’entrée au Cannaregio, huile sur toile, 46 X 78,4 cm, supplied by Royal Collection Trust – © HM Queen Elizabeth II 2012

Au XVIIIe siècle, l’accomplissement du « Grand Tour » représentait pour la jeunesse issue de l’aristocratie européenne une étape de première importance, à valeur quasi rituelle. Ce long voyage, dont l’objectif principal était de parfaire la formation politique, culturelle et artistique de la future élite principalement anglaise ou allemande, se déroulait majoritairement dans la péninsule italienne. Outre ces vertus éducatives, cet itinéraire avait également une fonction sociale : le parcours réalisé empruntait les mêmes chemins et s’arrêtait aux mêmes hauts lieux culturels pour tous ; son but n’était pas l’aventure, mais bien l’achèvement et le perfectionnement d’une culture commune. Ainsi, à leur retour, il était de bon ton pour ces jeunes hommes d’échanger en société des souvenirs analogues sur les charmes de l’Italie. Ce point permit le développement d’un genre pictural qui allait connaître une certaine popularité auprès des cours royales et de la noblesse fortunée : les vedute. Ces « vues », panoramas urbains italiens constituèrent de la sorte de véritables souvenirs de voyage, que l’on ramenait volontiers dans son paquetage.

Apparu dès le XVIIe siècle aux Pays-Bas (il est difficile de ne pas songer à la célèbre Vue de Delft de Vermeer), ce style pictural devint l’art de prédilection de nombreux peintres et graveurs italiens lors du siècle suivant. Les sujets traités ne se limitaient pas à la « carte postale » d’un paysage citadin contemporain, mais s’étendaient également aux ruines, de plus en plus en vogue grâce à l’anticomanie qui s’emparait alors des amateurs d’art et à la mélancolie déjà romantique qu’elles évoquaient au voyageur. En parallèle à ces vedute, à la qualité photographique, se développa le genre des « caprices » (capricci). Représentant des vues architecturales purement fantasmées, souvent inspirées de l’Antiquité, ces caprices étaient le fruit de l’imagination fertile d’artistes dont les casquettes étaient multiples et dont l’intérêt premier résidait dans l’architecture. C’est très certainement le Piranèse (1720-1778) qui dans ce domaine marqua le plus la postérité, avec ses innombrables planches montrant une Rome antique sublimée, ou ses études d’une prison idéalisée (la série Carceri d’Invenzione). Sans surprise, Rome fut en effet l’une des villes les plus appréciées par les védutistes, et d’autres grands noms tels que Giovanni Paolo Pannini (1691-1765) – dont la fameuse Galerie de vues de la Rome moderne (1757) illustre à elle seule le formidable essor du genre, tant sous son aspect artistique que social – y firent une brillante carrière.

Mais c’est indubitablement à Venise que la veduta obtint ses lettres de noblesse. L’école vénitienne, au carrefour des influences septentrionales et méridionales, fournit nombre de peintres de talent, atteignant alors une précision dans le dessin rarement égalée. La Place Saint-Marc, le Grand Canal, les églises et autres campi vénitiens furent une source inépuisable d’inspiration pour des artistes tels que Giovanni Antonio Canal, dit « Canaletto » (1697-1768), ou encore son neveu Bernardo Bellotto (1722-1780), dont les œuvres font figures de véritables prouesses techniques tant chaque détail du paysage urbain y est minutieusement respecté et la perspective parfaitement maîtrisée. A contrario, Francesco Guardi (1712-1793) opta quant à lui pour une description plus subjective de sa ville, exploitant dans sa production la lumière sous une forme qui ne va pas sans rappeler celle empruntée le siècle suivant par Turner ou Constable.

L’amateur sera donc ravi d’apprendre que, pour la première fois en France, une exposition sera prochainement entièrement consacrée au védutisme vénitien. A partir du 14 septembre, le musée Jacquemart-André réunira ainsi pas moins d’une soixantaine de tableaux en provenance de prestigieux musées européens, tels que l’Alte Pinakothek de Munich, le Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg ou la National Gallery de Londres, mais également en provenance de la collection royale de Grande-Bretagne, la couronne britannique possédant une des plus importantes collections dédiées à Canaletto. Principalement axée sur les deux figures de proue que sont ce dernier et Guardi (près de quarante-cinq des tableaux proposés sont de leurs pinceaux), l’exposition permettra en outre de replacer les deux maîtres dans leur contexte artistique, car y seront également présentées des vedute de leur contemporain Michele Marieschi (1710-1743), ainsi que des précurseurs Gaspar van Wittel  (1652/3-1736) et Luca Carlevarijs (1663-1730). Quant aux caprices, ils ne feront pas défaut : tout un pan de l’exposition leur étant voué, ils donneront au visiteur l’occasion de s’évader dans un onirisme grisant, au cas où l’immersion dans la Venise du XVIIIe siècle ne l’aurait pas déjà suffisamment contenté.

Canaletto – Guardi, les deux maîtres de Venise

Quand ?  14/09/12 > 14/01/13 | Tous les jours de 10h à 18h

Lieu ?  Musée Jacquemart-André | Boulevard Haussmann 158 | 75008 Paris

Contact  Tél. +331 45 62 11 59 | www.musee-jacquemart-andre.com

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