L’Europe : entre fédéralisme et populismes ?

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bruxelles-sinquiete-montee-dun-populisme-anti-L-kkzbLeSi des dérives politiques populistes existent bel et bien sur tous les continents, force est de constater que l’Europe en est particulièrement riche, avec bien souvent à la clé de ces programmes des troubles quant à la notion de frontières régionales ou nationales.

L’Union européenne, elle-même semble parfois à son corps défendant faire le jeu de ces courants. En effet, d’une part, par ses directives, Bruxelles grappille des parcelles de souveraineté à des nations qui se trouvent parfois impuissantes à pouvoir appliquer des solutions adaptées à des problématiques régionales, d’autre part, notamment dans des domaines environnementaux, l’Union traite directement avec les régions (comme pour certaines questions relatives à la Méditerranée ou au bassin fluvial du Danube par exemple).

Ces données environnementales sont très dangereuses quant à leur récupération possible par des nationalismes ou régionalismes. Car quoi de plus fédérateur dans l’imagerie populaire que l’attachement à sa terre ?

L’instabilité économique actuelle, couplée à un désir d’affranchissement de son identité hors du giron de son dominant, pousse certains populismes à vouloir adopter des positions complètement contraires. Ainsi, l’Ecosse qui espère pouvoir être reconnue par autodétermination dans un futur proche tient à adopter l’euro voulant par là se distinguer de son entité d’origine, le Royaume-Uni, tandis que le programme politique de Mme Le Pen en France espère justement regagner sa souveraineté monétaire pour aller dans la direction opposée d’une Europe en quête de fédéralisme toujours plus poussé !

Il serait fastidieux de dresser ici la liste des zones géographiques européennes souhaitant une plus large autonomie. Toutefois, certains populismes s’affirment de plus en plus au profit de la crise. La Grèce, avant tout, a fait parler d’elle avec des partis néo-nazis populaires qui n’ont pas vu leur plébiscite diminuer en dépit des agressions physiques télévisées dont certains membres se rendirent coupables publiquement (on se souvient en juin dernier que le porte-parole de Chryssi Avgi (Aube Dorée), M. Ilias Kasidiaris, a asséné un coup de poing à une députée communiste faisant étalage de ses démêlés en cours avec la justice pour vol à main armée en 2007). La Roumanie également vit à l’heure actuelle des troubles politiques et constitutionnels sans précédent tandis que son Président a appliqué (sans beaucoup de qualités de communicateur, certes) avec zèle les plans d’austérité nécessaires sur le territoire, frappé, comme l’ensemble de l’Europe, par la crise bancaire.

Au profit de la crise, chaque tendance populiste tire la couverture à elle, profitant de l’imbroglio politico-communautaire européen. Et il s’avérera difficile d’arrêter cette tendance dans la mesure où les électeurs ne s’intéressent que très superficiellement aux rouages du pouvoir européen, et fort peu profondément à leur contexte national. Et tandis que la situation économique continuera de se dégrader (la France frôle à nouveau la récession, la Grèce accuse encore une contraction de 6,2% de son PIB semestriel…), le discours simplificateur autant que rassurant contre un niveau d’autorité supérieur continuera de plaire, d’autant que les symboles européens – en tête de liste, la monnaie unique – ne cessent de perdre du crédit dans l’œil du consommateur, de plus en plus anxieux de l’avenir de son pouvoir d’achat.

C’est pourquoi, les grandes annonces de fédéralisme européen qui se multiplient ne peuvent que nous laisser étonnés : comment dans un tel contexte croire en la solidité d’une fédération politique ? Cette fédération, si elle a lieu, ne sera que le coup de fouet dont les populismes européens ont besoin pour se nourrir à long terme.

La Bosnie-Herzégovine est parfois, cyniquement, présentée comme une Europe miniature. Il faut admettre que le nombre de peuples sur le territoire et la structure gouvernementale de cet Etat peuvent avoir quelque chose d’inspirant. Disposant de deux constitutions distinctes (venant pour l’une de la République serbe de Bosnie, l’autre de la Fédération croato-bosniaque) et de treize gouvernements (trois pour les entités de la première et dix pour celles de la seconde), cet hyper-fédéralisme de séparation est l’image de ce qu’une certaine culture du compromis sans solution durable aux problèmes sous-jacents peut amener.

Le fédéralisme européen pourrait bien amener l’Europe à ce genre de configuration : rajouter plus d’identité européenne derrière le drapeau aux douze étoiles par le biais du fédéralisme qui déléguera aux 27 entités sous-jacentes, chacune tenue par un gouvernement différent, une portion congrue de pouvoir à exercer au sein d’un cadre étroit sera le seul résultat de cette évolution, tandis que les gouvernements fédérés peineront de plus en plus à pouvoir tirer une efficience de leur travail, coincés entre l’Europe par-dessus, les régions par-dessous et la population, sanctionnant par son vote chaque politique, guidée qu’elle sera par sa frustration impuissante.

Les pays d’une Europe ainsi réduite montreront au monde un visage d’une complexité rare sur le plan politique tant le manque de clarté des structures sera lassant à décoder, ce qui aura vraisemblablement un impact sur les investissements étrangers. Cette Europe gardera pourtant encore un moment l’image d’un énorme marché de consommation au sein duquel la dissonance, politique comme diplomatique, continuera de permettre aux puissances étrangères de faire fort peu de cas de ses valeurs.

L’équipe de Eurasian Finance ©

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