Les cicatrices de la guerre du Viêt Nam semblent peu à peu se refermer. Les quelques millions de victimes et les graves troubles sociaux engendrés dans chaque camp par plus de dix années de guerre ne sont plus un frein à une collaboration diplomatique entre les Etats-Unis et leur ancien ennemi. Preuve en est l’engagement américain pris la semaine passée, quelque trente-sept ans après la fin de la guerre, à – enfin – décontaminer le pays sud-asiatique de l’agent orange, puissant défoliant tératogène destiné à éliminer toute forme de vie végétale qui y avait été dispersé massivement par les forces US durant les années 1964-1975.
Mais l’engagement américain ne se limite pas à cette légitime réparation de guerre. Début juillet, Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, réalisait en effet sa troisième visite en trois ans à Hanoi, dans le but de promouvoir la coopération entre les deux nations. Coopération sur le plan de la santé publique et sur le plan de la défense, mais également sur le plan économique. Le Viêt Nam, dont l’économie est essentiellement basée sur la culture et l’exportation du riz et du café, connaît depuis 1986 une série de réformes économiques, baptisée Doi Moi (renouveau). Initiées à la suite de deux plans quinquennaux infructueux, ces réformes sont destinées à faire entrer le pays, à l’instar de son voisin chinois, dans l’économie de marché. Même si le parti communiste, parti unique depuis 1976 et le départ américain, soutient que cette démarche n’est entreprise que pour fortifier le socialisme, il n’en reste pas moins qu’en 1987, le pays fut ouvert aux investissements étrangers, qu’en 1992 la propriété privée fut autorisée et qu’en 2006, le Viêt Nam fit son entrée dans l’OMC. Cette relâche a permis le renouement de liens diplomatiques brisés depuis longtemps, notamment avec les Etats-Unis en 1995. Dans cette perspective, un accord commercial bilatéral fut signé en décembre 2001, permettant une hausse significative des échanges en dix ans : à la fin 2011, le total de ces échanges commerciaux équivalait à 21,45 milliards de dollars, contre seulement 1,5 milliard en 2001, représentant ainsi une augmentation par an de 19,16 %. A titre d’exemple récent, la compagnie du Wisconsin U-Fuel, spécialisée dans la fabrication et le montage de bassins de combustible pour automobiles, avions et navires, a signé fin juillet un important contrat de vente de plusieurs de ces bassins à la compagnie d’essence et de pétrole du Viêt Nam.
Sur le plan géopolitique, le principal écueil auquel se heurte le Viêt Nam se trouve dans le conflit en mer de Chine méridionale, où la revendication territoriale d’îles et archipels crée de nombreuses tensions, principalement avec la Chine, dont l’alliance avec la Russie lui donne une actuelle supériorité difficilement contestable. Les Etats-Unis, dont l’attention se focalise de plus en plus sur cette partie du globe au détriment du Moyen-Orient, se montrent ainsi particulièrement favorables à un rapprochement militaire avec les forces vietnamiennes en supplément de ses alliés traditionnels. En effet, dans le secteur de la défense, les liens unissant les deux nations se sont fortement resserrés ces dernières années. Les navires militaires américains ayant jeté l’ancre dans les ports vietnamiens se sont fait particulièrement nombreux en 2012 ; ainsi au mois de juin, la visite du secrétaire à la Défense Leon Panetta visait à encourager une collaboration militaire sur base d’un respect mutuel de la souveraineté de chacun, confirmant le souhait du diplomate Kurt Campbell émis au mois de février d’un partenariat stratégique renforcé. Du côté vietnamien, cette amélioration chaque jour plus tangible des relations avec les Etats-Unis constitue avant tout une tentative de rééquilibrage des forces avec Beijing, mais sans jamais avoir l’intention de se mettre à dos le géant chinois, qui reste à l’évidence le véritable moteur économique de la région.
L’équipe de Eurasian Finance ©
Print This Post