Sur le plan de la suprématie capitalistique au sein du secteur de la défense, secteur essentiel s’il en est tellement il est déterminant pour bien des politiques de recherche et développement et, partant, pour l’innovation et ses dérivés de la sphère militaire à la vie civile, la fusion du groupe franco-allemand (et espagnol) EADS avec l’anglais BAE Systems promettait au Vieux Continent d’afficher la plus forte capitalisation boursière mondiale du secteur.
Ne serait-ce que sur le plan de l’intérêt des nations principales en jeu, le cas de figure est intéressant : n’assistons-nous pas à une sorte de « collusion d’opinion publique » de voir ainsi se mesurer des Etats et ces derniers influencer une fusion de sociétés cotées sur les marchés financiers ?
Quant à elle, Londres a prévenu qu’elle ferait usage de son droit de veto grâce aux golden shares que la Couronne détient dans BAE Systems si le projet de fusion n’agrée pas ses priorités ou ses intérêts. Un de ceux-ci reste l’indépendance relative que BAE voudra conserver, en l’occurrence concernant tout ce qui touche à son marché américain. Cette structuration difficile de l’accord promet sans doute quelque retard à la fusion qui, par contre, semble ne poser aucun désaccord majeur sur la possession de 60% des parts par des actionnaires d’EADS contre 40% pour ceux de BAE Systems…
Dans le même bateau capitalistique, l’Allemagne et la France ont clairement indiqué qu’elles parleraient d’une même voix. L’idée est admirable, mais force est de constater que l’entente n’est pas aussi cordiale qu’espéré, les deux puissances se disputant le siège social, avec en lice Toulouse et Munich.
Ainsi, on voit mal les Etats mieux intentionnés – ou éthiquement inspirés – que des actionnaires majoritaires classiques défendant leurs intérêts propres. Pire que cela, l’amitié franco-allemande, plus froide que sous l’ère Sarkozy, arrivera-t-elle encore à dépasser aussi adroitement les divergences de ses deux puissances que par le passé..?
L’équipe de Eurasian Finance ©
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